Mes sentiments sont toujours ambivalents à l'endroit du iPhone/iP*d. D'un côté, il est fantastique d'avoir une telle puissance et versatilité au creux de la main. D'un autre côté, nous assistons à un genre de microsoftisation d'Apple. Notez qu'il est hors de question pour moi d'avoir un iPhone : le coût est prohibitif et l'oligopole malsain des telcos brimerait ma liberté de mouvements.
Je ne me suis intéressé au iPod que lorsque Steve Jobs a dévoilé le premier iPod Nano. En fait, j'en ai commandé un le jour même de la conférence de presse, directement d'Apple. Pourquoi cet engouement soudain ? Tout simplement que selon mes critères, un tel lecteur devait être petit et utiliser de la mémoire flash. Après tout, je devais pouvoir l'apporter avec moi partout sans craindre de le briser. Bon, la première génération était très sensible aux égratignures. Mais, après 5 ans, il est toujours mon fidèle compagnon.
Lorsque j'ai eu l'appareil dans mes mains et que j'ai découvert le fonctionnement (je n'avais jamais eu de contact avec un iPod auparavant), je me suis dit que ce serait super de développer mes propres applications pour lui. Après tout, il venait avec quelques applications sommaires (notes, calendrier, alarme, jeux). Ce devrait être possible d'en développer ou d'en porter d'autres. Mais, faute de SDK et documentation technique, il était très difficile de le faire. Je me suis contenté d'en faire l'usage prescrit, comme la majorité des propriétaires de iPod.
Quelques années plus tard, Apple annonça en grande pompe la sortie du iPhone. Bien que je pouvais admirer le travail effectué dans la réalisation de l'appareil, il ne m'intéressait pas vraiment : coût prohibitif et environnement fermé. J'aime bidouiller. Difficile pour moi de ne pas ouvrir un appareil pour dévoiler ses entrailles ou lui ajouter quelques fonctions imprévues par le fabricant. Et le iPhone ne tombait pas dans ce créneau.
Ce n'est que l'année suivante, lors du dévoilement du SDK que les choses ont commencé à prendre une tournure particulière. Apple nous ouvrait ses librairies et sa documentation. Toutefois, elle conservait un certain pouvoir sur ses appareils. Nous pouvions créer des applications, mais à condition de respecter ses règles et conditions.
Est-ce bien ou mal ? Je ne sais pas. Si la position de Proclus relève d'un idéal cher à la FSF, John Gruber présente d'intéressants arguments qui permettent de relativiser le tout.
J'ai commencé à programmer sur un CoCo 3, que j'avais acheté de seconde main avec l'argent que je faisais en distribuant des journaux. L'ordinateur fonctionnait avec un Basic (et oui, venant de MS) en ROM, qui faisait également office d'OS. J'ai codé jusqu'à remplir tout la RAM. Je rageais de ne pouvoir faire que du BASIC. Impossible de faire de vrais programmes avec cela (ma haîne de VB doit venir de là ;-) : l'accès au matériel était limité et la vitesse d'exécution, lamentable. Mais c'était mieux que mon Atari 2600 : au moins je pouvais créer des programmes.
C'est un peu la même situation avec le iPhone OS : la porte est entre ouverte, mais nous ne pouvons l'ouvrir au complet et faire à notre guise. Le iPhone OS n'a rien de comparable au piètre Basic de Microsoft dans la ROM du CoCo. À 14 ans, je ne faisais que des jeux d'aventure texte et des graphismes pitoyables en 16 couleurs, tandis que les jeunes maintenant font de réelles applications pour le iPhone. Impossible de savoir l'âge du créateur par le résultat. J'aurais bien aimé avoir toute cette puissance à ma disposition en 1987.
Apple a toujours été une compagnie qui s'est comportée comme une prima donna. L'incident Gizmodo est l'un des derniers épisodes de cette paranoïa. On ne peut nier qu'Apple a su développer de géniaux produits au fil des ans. Ils le furent souvent au prix d'efforts méconnus. Et cette philosophie qui sévissait à l'interne tant à s'extérioriser de plus en plus. À mon sens, cela ne peux que nuire à Apple. Leur part de marché ne cesse de croître, mais ils ne peuvent mépriser leurs fans ainsi.
Il ne faut toutefois pas oublier que le règne de Steve Jobs tire à sa fin. Sans lui, l'avenir de la compagnie est toujours incertain, tant il est l'âme de celle-ci. Est-ce qu'Apple va continuer dans sa veine à devenir le nouveau Microsoft (au cas où vous ne le sauriez pas, les meilleurs années de Microsoft sont en arrière, la place du méchant se libère... Mais Oracle a déjà une longeur d'avance) ? Va-t-elle se raviser et prendre un visage plus humain ? Je ne sais pas. Mon univers est toujours divisé entre deux pôles : les produits d'Apple et le monde du libre (Linux/OpenBSD et cie). L'intersection est maintenant occupé par de "vieux" PowerPC d'Apple qui s'exécute sous Linux et OpenBSD, le tout avec brio. Est-ce cela l'avenir ? Un iPhone avec Android ?
